Décodage de lieux

Billet de type « Connais-tu vraiment bibi? »

Je me passionne de langues, oui, mais notamment d’étymologie.

[Mon cours préféré pendant mon diplôme universitaire en anthropologie c’était Ethnolinguistique — «Étude de la langue en tant qu’expression de la culture et en relation avec la situation de communication.» — et il y avait un volet étymologie que j’a.d.o.r.a.i.s.]

J’adore l’étymologie du français, moui, mais j’ai toujours eu un plus petit faible pour celle de l’anglais, langue hautement bâtarde (dans le sens propre du terme) qui raconte par son vaste vocabulaire et les différentes origines de celui-ci l’histoire des pays et régions britanniques (dont je suis issue à plus de 80 %, si j’en crois mon ADN).

Bref, étymologie et langue anglaise. Je suis cet auteur et ce blogue depuis 2008. À lire : son billet A Quick Guide to Decoding English Place Names. Je vous le recommande chaudement. En fait, je vous recommande aussi tous ses livres (son dernier : A Short History of Drunkeness: How, why, where and when humankind has got merry from the Stone Age to the present).

 

Du côté de Villeray

Ce soir, je suis allée marcher. Entre autres pour passer le temps et m’aérer les esprits — je broie beaucoup de noir depuis Haïti; pour plein de bonnes et moins bonnes raisons —, mais aussi parce que les marches en soirée me rappellent les week-ends de mon enfance, quand on revenait de la biblio en passant par les nombreux parcs d’Outremont. Un autre bon souvenir que j’aime alimenter.

J’aime marcher le soir parce qu’on entend et qu’on vit la ville différemment. C’est calme et on peut découvrir les quartiers sans les clameurs habituelles. Et vous me connaissez : il ne manquait qu’un petit tapis de neige pour donner une belle atmosphère ouatée à tout ça. (J’en entends hurler quelques-uns.)

Ce soir, je suis partie du côté de Villeray, mon ancien quartier; celui où j’ai loué mon premier appartement. Je ne le connais plus et il est franchement à côté de la maison : deux belles raisons de m’y aventurer. J’ai arpenté De Castelneau et aussi Villeray pour découvrir les jolis restos, cafés et boutiques. J’en ai aussi profité pour faire un petit pèlerinage audit premier appartement : 8010 Casgrain. (De 1996 à 1999; à ce jour, ça demeure l’endroit auquel j’associe mes meilleurs souvenirs d’adulte.) Le quartier est beaucoup plus « hip » qu’il ne l’était à mon époque, en tout cas. Les shoeboxes et beaucoup d’immeubles ont été rénovés/restaurés : les portes sont neuves, les devantures sont propres, plusieurs duplex et triplex ont même subi une transformation architecturalo-design-épuré. Il y a évidemment quelques futurs condos en construction – dont devant « chez moi »; des trucs à 250k avant taxes le 400 pieds carré en rez-de-jardin, vous voyez le genre… Je suis revenue en passant devant le Dépanneur Ouellette sur Jarry, où j’étais quand j’ai appris la mort de Lady Di, et en redescendant Saint-Dominique.

Puis, cinq kilomètres au compteur plus tard, à quelques coins de rue de la maison, les esprits aérés, mais encore un peu grisounants, j’ai entendu le bruit d’une machine à écrire qui provenait d’une fenêtre entrouverte. Le bruit distinctif des touches mécaniques qui battent le papier. Je me suis arrêtée quelques instants, le temps de l’écouter.

Y a encore des gens qui utilisent la machine à écrire et c’est tant mieux.

Bref. A nice walk down memory lane.

(J’espère que vous avez tous passé un bon samedi!)

De l’identité

Aujourd’hui, j’ai finalement réussi à m’expliquer à peu près rationnellement pourquoi je me sens si étrange (mal) depuis quelque temps.

Depuis ma plus tendre enfance, mon identité repose sur deux éléments fondamentaux : la comparaison avec l’aînée (selon mon père, mais aussi une partie de la famille) et le regard (jugement?) et le discours désapprobateurs du paternel. Depuis très (trop) longtemps, j’ai appris gérer cette dynamique et à me sentir digne d’attention et d’intérêt en bousculant les conventions et, parfois (souvent), en provoquant; en changeant souvent d’idée et de direction; en me réinventant sans cesse. Ça a donné de drôles de situations et de comportements au fil des ans. De là sont nées mes « neuf vies ».

Depuis trois ans, je n’ai plus ce regard désapprobateur ou ce jugement que je connais si bien : le 15 août dernier marquait le troisième anniversaire du décès de Paternel. Durant ces années, j’ai eu à finir la maîtrise; et aussi à mettre fin à une relation toxique. Bref, j’étais dans un de mes tourbillons de vie habituels.

Aujourd’hui, la maîtrise est terminée. La relation toxique aussi. Le Paternel n’est plus là pour me juger. Je n’ai plus de tourbillons auxquels me rattacher. Je n’ai plus d’identité. Ou du moins, plus la même. La maîtrise terminée et (très) bien réussie me fait même constater que je ne suis pas complètement un imposteur…

C’est déstabilisant et je ne sais pas encore comment gérer cela.

C’est tout.

J’avais simplement besoin de l’écrire quelque part.

Cela dit, avoir une révélation = retour sur le blogue? Pourquoi pas.