Du côté de Villeray

Ce soir, je suis allée marcher. Entre autres pour passer le temps et m’aérer les esprits — je broie beaucoup de noir depuis Haïti; pour plein de bonnes et moins bonnes raisons —, mais aussi parce que les marches en soirée me rappellent les week-ends de mon enfance, quand on revenait de la biblio en passant par les nombreux parcs d’Outremont. Un autre bon souvenir que j’aime alimenter.

J’aime marcher le soir parce qu’on entend et qu’on vit la ville différemment. C’est calme et on peut découvrir les quartiers sans les clameurs habituelles. Et vous me connaissez : il ne manquait qu’un petit tapis de neige pour donner une belle atmosphère ouatée à tout ça. (J’en entends hurler quelques-uns.)

Ce soir, je suis partie du côté de Villeray, mon ancien quartier; celui où j’ai loué mon premier appartement. Je ne le connais plus et il est franchement à côté de la maison : deux belles raisons de m’y aventurer. J’ai arpenté De Castelneau et aussi Villeray pour découvrir les jolis restos, cafés et boutiques. J’en ai aussi profité pour faire un petit pèlerinage audit premier appartement : 8010 Casgrain. (De 1996 à 1999; à ce jour, ça demeure l’endroit auquel j’associe mes meilleurs souvenirs d’adulte.) Le quartier est beaucoup plus « hip » qu’il ne l’était à mon époque, en tout cas. Les shoeboxes et beaucoup d’immeubles ont été rénovés/restaurés : les portes sont neuves, les devantures sont propres, plusieurs duplex et triplex ont même subi une transformation architecturalo-design-épuré. Il y a évidemment quelques futurs condos en construction – dont devant « chez moi »; des trucs à 250k avant taxes le 400 pieds carré en rez-de-jardin, vous voyez le genre… Je suis revenue en passant devant le Dépanneur Ouellette sur Jarry, où j’étais quand j’ai appris la mort de Lady Di, et en redescendant Saint-Dominique.

Puis, cinq kilomètres au compteur plus tard, à quelques coins de rue de la maison, les esprits aérés, mais encore un peu grisounants, j’ai entendu le bruit d’une machine à écrire qui provenait d’une fenêtre entrouverte. Le bruit distinctif des touches mécaniques qui battent le papier. Je me suis arrêtée quelques instants, le temps de l’écouter.

Y a encore des gens qui utilisent la machine à écrire et c’est tant mieux.

Bref. A nice walk down memory lane.

(J’espère que vous avez tous passé un bon samedi!)

Le jeu des allumettes

DominionJ’ai commencé à fumer à 15 ans. Je ne me souviens plus trop où — sûrement dans un quelconque parc à Outremont; j’y traînais pas mal tout le temps dans ma folle jeunesse –, mais je me souviens avec qui et quoi : des Benson and Hedges Menthol avec ma meilleure amie Geneviève. J’ai su « aspirer » tout de suite en plus. Une vraie fille cool : pas de niaisage! Player’s Light, Dunhill, Export A (rouges, parfois jaunes, certainement pas vertes!), Marlboro, Gauloises blondes se sont ensuite succédé dans ma vie, au fil des modes, des pays et des prix, mais surtout de mes (trop) nombreux excès d’ado et de jeune adulte. J’accotais le quasi deux paquets par jour avant d’arrêter et je ne compte pas les extra consommés pendant mes sorties (qui étaient nombreuses). Bref, ça devait plus tourner autour des deux paquets bien sentis, ou aspirés, voire presque trois on a good night. Lire la suite

Chroniques de la STM, épisode From Russia with Love

Assise dans le 24 (pour une fois que ce n’est pas le 55), mon regard vagabonde sur le sol. Multitude de pieds, quelques sacs, beaucoup de gravier. (Quand la Ville va-t-elle nettoyer les rues?) Arrêt sur une paire de talons aiguilles en cuir beige vertigineux faits de lanières savamment entremêlées. Ça crie le mauvais goût. Les orteils peints d’un rouge criard ressemblent à des boudins bien ficelés. Ça crie l’inconfort. J’essaie de m’imaginer la (le?) propriétaire des appendices en question. Je remonte le long des billots blanchâtres qui lui font office de jambes. Une jupe satinée et évasée. La culotte de cheval y côtoie le motif léopard. (Qui mangera qui?) Le regard poursuit sa montée. Un pull en coton grossier noir parsemé de logos Chanel blancs made in China. Des bourrelets qui font concurrence à mon dernier rosbif. Des seins dignes de Botero. Et finalement le visage : lacéré par l’acné, maquillé à outrance, lèvres pulpeuses trop rouges, yeux bleus trop perçants, cheveux blond brûlé par les trop nombreuses colorations. Un visage fatigué. Un visage slave. Manifestement, Natasha accepte mal de vieillir. Où va-t-elle en ce vendredi soir? Qui va-t-elle rejoindre? Une suite de noms se met soudainement à défiler dans ma tête : Michel Strogoff (Jules Verne), Catherine la Grande (Voltaire), Raspoutine (Boney M), Franfreluche (Kim Yaroshevskaya), Poutine (Poutine)… Improvisation ayant pour thème Associations libres; nombre de joueurs : un; durée : un trajet d’autobus de la STM à l’heure de pointe.

J’arrive à destination.

« Qu’est-ce qu’on vous sert? »

… Alexis Nikolaïevitch (hémophilie); From Russia with Love (James Bond)…

« Dry martini. Shaken, not stirred. »

Le transport des communs est vraiment une source inépuisable d’inspiration. Za vaché zdorovié!